Leïla Sebbar romancière et nouvelliste

                                                                                    Journal d'une femme à sa fenêtre  

                                                                                                           suite 45
                                                                                                   (septembre 2016)




L’Île de Ré, le Phare des Baleines, septembre 2016
(coll. part.)



























































































































































































































































L’Île de Ré. Le phare des Baleines. Les mausolées de Mercier-Lacombe en Algérie. Agression à Toulon. L’île Seguin, les ouvriers oubliés. Libye, les migrants esclaves. Jean-Pierre Chevènement. Le grand-père arabe d’Arnaud Montebourg. Mort de Shimon Peres.

Premiers jours de septembre

Avec D, à l’Île de Ré, au Bois Plage. « L’hôtel de l’océan » n’est pas loin de la plage. La mer est là. On peut marcher longtemps. Voir une fois l’an la mer. Dans l’enfance, après un voyage éprouvant, nous allions en Dordogne (dans le pays de ma mère, où elle repose aujourd’hui à Chenaud, la cigogne en pierre ne tiendra pas longtemps, accrochée à sa patte en fer, au-dessus de la porte du vieux café à vendre qui ne se vend pas) et à l’Île de Ré au Bois Plage, je crois, pour voir la famille de la sœur aînée de ma mère, Hélène. On allait aussi au phare des Baleines, si beau.
Je l’ai revu avec D. J’ai acheté le phare miniature pour Lucien.

En légende à une carte de l’Île de Ré :

« Cette carte, peinte à l’origine pour un bagnard, avait pour but de renseigner les voyageurs sur les horaires des bus qui figuraient dans ce cartouche.

Nous vous les restituons dans ses premiers contours ».

                       L’imagerie 1991.


le Phare des Baleines, septembre 2016 (coll. part.)

le Phare des Baleines, septembre 2016 (coll. part.)

 Mi-septembre

Michèle Perret est retournée à Mercier-Lacombe, dans l’oranais. Le domaine de son père est à l’abandon. Elle en parle sans acrimonie dans le récit qu’elle a publié : Les arbres ne nous oublient pas (Chèvre feuille étoilée, 2016). Elle parle des mausolées de la plaine et du mausolée de la ferme. Michèle, comme moi, respecte ces « témoignages de la piété populaire musulmane ». J’espère que nous aurons l’occasion de parler de ce retour au pays natal lors de rencontres dans la maison Jules Roy de Vezelay en 2017, avec Michèle et Andrée Job-Querzola qui revient à Sidi-Bel-Abbès dans son dernier récit : Bienvenue chez vous (éd. L’Attrape-Science, 2015).

Photos 4, 5, 6, 7 : Mausolées de Mercier-Lacombe, Algérie, 2015 (photos Michelle Perret, 2015).



 Mausolées de Mercier-Lacombe, Algérie, 2015 (photos Michelle Perret, 2015).

Peut-être le domaine de Mercier-Lacombe sera-t-il un jour réhabilité, restauré, comme celui du père d’Anne-Marie Langlois dans le Sersou à qui un notable algérien de la région a demandé des photographies d’archives de la ferme pour entreprendre un travail qui la réjouit. Anne-Marie me tiendra au courant.

À Toulon

Deux jeunes Arabes agressent deux hommes qui accompagnent des femmes en short et des enfants à bicyclette. Ils blessent les deux hommes et crient « Sale pute, mets-toi toute nue »…

Une jeune fille en short a été couverte de crachats par un groupe de filles. Une marche de solidarité a été organisée « Toutes en short », on insulte le corps des femmes, on le manipule. Couvert ou découvert, il doit obéir aux ordres des canons esthétiques, aux prescriptions de docteurs de la loi islamique.

On sait que ceux qui torturent les animaux feraient de bons tortionnaires dans les prisons des dictatures. Le spectacle des lapines angoras dont on arrache les poils à la pince à épiler pour le bonheur des dames, les poussins broyés vivants, les rhinocéros massacrés pour le plaisir de ces messieurs d’Asie, les défenses arrachées aux éléphants qu’on tue par centaines pour satisfaire trafiquants et puissants… La liste n’est pas close, quand on sait que bovins et ovins casher et halal sont égorgés sans être étourdis… Verser ainsi le sang des bêtes n’est pas moins cruel que la torture d’hommes et de femmes pratiquée dans le monde.

Un quotidien du matin fait état des demandes de plus en plus pressantes, au sujet de la religion au travail. Pour illustrer l’article, une étoile de David, une croix et une main de Fatma, symboles des trois religions monothéistes en France. Ce que ce journal ignore, c’est que la main de Fatma, la Khamsa, n’est pas un signe religieux musulman. C’est une sorte de porte-bonheur qui appartient à la croyance populaire maghrébine juive et musulmane. Le signe religieux musulman pertinent, c’est l’étoile à cinq branches et le croissant présent sur le drapeau des pays d’Islam.

L’île Seguin. Des chibanis ont été de jeunes ouvriers dans ce « paquebot » de l’industrie automobile Renault. Le chibani de Mon cher fils, un roman que j’ai publié aux éditions tunisiennes Elyzad, a travaillé longtemps dans cette usine, jusqu’à son retour au pays natal dans la maison aux volets verts, face à la mer. Tant d’années de sa vie et les nouveaux propriétaires n’ont pas pensé à tous ces hommes, à leur histoire, ils ont éradiqué de décennies de vie laborieuse. Pas de musée de l’usine Renault et de ceux qui ont fait tourner les machines. Rien. Ils n’existent pas. Ils n’ont pas existé. C’est lamentable.

Fin septembre

Dans Paris Match, un reportage sur les migrants, nouveaux esclaves, qui stationnent en Libye dans des camps, livrés aux milices, aux passeurs, aux trafiquants, aux violeurs… Flore Olive enquête, Narciso Contreras photographie.

Il y aurait 264 000 migrants subsahariens en Libye. Les femmes, encore une fois, sont une sorte de butin de guerre qu’on viole et qu’on engrosse pour que des garde-côtes les laissent passer, par compassion… Elles peuvent remercier Monsieur BHL, courtisan des princes, et son chef, le Président des Français, Nicolas Sarkozy qui ose se présenter aux prochaines élections…

Jean-Pierre Chevènement, nommé à a tête de la Fondation pour l’Islam en France. Fronde chez un certain nombre de musulmans qui ne veulent pas d’un laïc pour diriger cette institution, comme si elle leur appartenait, ils pensent que la nomination d’un musulman serait plus appropriée. Des groupes parlent de néocolonialisme… Ils oublient qu’ils ne sont pas en pays d’Islam. D’autres ne veulent pas entendre parler d’« Islam de France ».

Arnaud Montebourg, dans sa campagne politique, rappelle que son grand-père maternel est algérien. Il a combattu pour la France en 39-45, puis pour le FLN, lors de la guerre de libération algérienne. À la télévision, j’ai vu une photo de ce grand-père en habit de Bachagha, un titre honorifique accordé aux notables algériens, d’abord par les Turcs puis par les Français. Montebourg pense ainsi mobiliser les musulmans de France ?

Il se rendrait bientôt en Algérie.

Il sera reçu par un président moribond ?

28 septembre

Shimon Peres est mort. Les médias ne parlent que de « l’homme de paix ». Il a tenté la paix avec les « accords d’Oslo » qui n’ont pas tenu leurs promesses. Il a approuvé la construction du mur qui vole aux Palestiniens leur territoire et la colonisation a progressé jusqu’à aujourd’hui avec l’accord tacite des USA, 400 000 colons occupent la Cisjordanie. Le vol des terres se poursuit jusqu’à ce que les Palestiniens soient dépossédés au profit des colons juifs. Le projet est ancien, occuper le plus de terres possible dans un mouvement irréversible.

Israël va dans le mur… C’est suicidaire.

Pendant ce temps, Russes, Syriens, Américains, Français bombardent, les uns les rebelles, les autres les sites de Daech pour prendre Mossoul. Folie sanguinaire de part et d’autre qui se transfère en Europe et en France en particulier.

Qu’est-ce que la « sexomnie » ? C’est l’abus sexuel en état de somnambulisme…

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