Leïla Sebbar romancière et nouvelliste

          Journal d'une femme à sa fenêtre  

SUITE 62

    (février-mars 2018)


Tract Salmiya. Pacifique.


Algeria Felix


En ce mois de printemps 2019, c’est de l’Algérie que je veux parler.
Le printemps, saison de la Renaissance, de la Jeunesse, de la Liberté. Première saison de l’Algeria Felix, l’Algérie heureuse depuis le jour de l’Indépendance, la liesse d’un peuple libre.
Nora Aceval, à Alger en ces jours, me disait qu’elle s’était sentie aussi euphorique que les jours de juillet 1962, dans son pays natal.
Et aujourd’hui, la rue qui n’appartenait qu’aux hittistes, les teneurs de murs désœuvrés, aujourd’hui la rue appartient chaque jour, chaque heure aux héros et aux héroïnes du peuple algérien. Djamila Bouhired est là. Hommes, Femmes, Enfants, Vieilles et Vieux. Garçons et Filles, drapeau rouge blanc vert en turban, voile enveloppant e corps, foulard de fête… Tous et toutes marchent dans les villes du pays de Tlemcen à Constantine, d’Oran à Aflou, ma ville natale, d’Alger à Tamanrasset, Bou Saada et El Oued… Partout, on pourrait citer les noms des villes et villages de l’Algérie… Peut-être Port-Say de mon enfance, à la frontière marocaine, on me dit que des barbelés séparent les deux pays, bientôt la barrière de métal piquant disparaîtra… Avec la nouvelle Algérie ? Je le crois.
Je crois au bonheur à venir, après l’asphyxie, la résignation, le désespoir qui ont tué tant de harraga dans les flots de notre Méditerranée.
Une génération se lève.
Jeune, belle, rebelle
Intelligente
Vigilante
Savante.
Les natifs et natives numériques savent lire, regarder, réfléchir.
Ils ne se laisseront pas manipuler, anesthésier, robotiser.
La victoire leur appartient.
Le pays natal leur appartient.
Personne, ni FLN, ni Armée, ni Islamisme, ni Maffia, personne ne volera le butin gagné par la révolte pacifique, la sagesse politique, la conduite exemplaire de la rue vivante, qui parle, crie, chante et danse.
Karima Berger m’envoie des slogans qui me touchent :
« Pour la 1re fois j’ai pas envie de quitter mon Algérie. »
« Laissez-nous aimer l’Algérie. »
Ces mots disent la souffrance de ces années où les Algériens n’ont pas vécu leur vie, comme s’ils étaient déjà morts.
C’est sur la place Andin, non loin de la Grande Poste, que les manifestants se retrouvent. Mohamed Kacimi écrit que sur une large banderole, il lit « Ici, c’est le Peuple. » On a aussi entendu « Un seul héros le Peuple », écho de la guerre de Libération lorsqu’elle n’était pas encore confisquée par l’oligarchie. Mohamed m’envoie des photos de jeunes filles souriantes et déterminées.






Photos de Mohamed Kacimi à Alger, mars 2019.

Le Chibani de la Grande Poste dicte des lettres à son fils, Amel la jeune écrivaine publique les écrit sur du papier à rayures, le père aurait été heureux d’assister à cette explosion de joie et de courage (Mon cher fils, roman, éd. Elyzad). La Grande Poste n’est plus une poste, m’a-t-on dit. Amel ne fera plus l’écrivaine publique.
Mon père n’aurait pas quitté l’écran de la télé, il aurait regardé Facebook et les journaux algériens. Il m’aurait téléphoné depuis Nice, il m’aurait dit : « Tu sais, ma fille, tous ces jeunes, je les admire, ils n’ont pas peur, ils vont gagner, je suis sûr, ils sont forts, intelligents… C’est mon peuple. Je le reconnais. Écoute ce que je te dis, ils gagneront. Je ne le saurai pas, mais je le saurai… Tu me crois ? » « Oui, Papa, je te crois. Je te dirai. Je n’oublierai pas. » « Ces jeunes sauvent l’honneur de mon pays. Tu m’entends ? » « Oui, Papa, je t’entends. Et c’est toi qui as raison… » Mon père rit de son beau rire arabe. « À bientôt ma fille. Embrasse tes enfants. » « À bientôt Papa. »
Mohamed m’a envoyé deux photos, prises, je pense, sur Internet. Deux enfants tout petits. L’un tient un panneau « L’Algérie, c’est nous ! » L’autre touche le bouclier des policiers casqués. Ils se penchent vers lui. Ils sourient. Et si le peuple de mon père fraternisait avec la police ? Quel geste !
En cette fin du mois de mars, Bouteflika est abandonné à sa mort prochaine par ses oligarques repus.
Que les manifestants gagnent ou qu’ils ne gagnent pas, ils ont déjà gagné.
Je l’écris, je le crois.
Nora Aceval m’envoie une lettre. Elle me raconte ses journées parmi les manifestants à Alger avec son mari. La voici.
« Chère Leïla,
Cette fois, je suis revenue d’Algérie le cœur gonflé de tendresse et d’admiration pour sa jeunesse. Pour ma part, côtoyant principalement l’univers rural durant mes collectages de contes sur le terrain, je savais ces dernières générations dotées d’un esprit critique humoristique et extrêmement caustique. Mais j’étais loin d’imaginer qu’ils se lèveraient tous en même temps comme s’ils étaient “un seul”.
Pour la première fois depuis tant d’années un espoir est né en Algérie, depuis si longtemps plombée par ses gouvernants et la corruption qui l’a gangrenée jusqu’à atteindre les administrations locales des villages les plus reculés. Début février, alors que je m’éreintais pour obtenir un acte de décès dans une mairie des Hauts-Plateaux, un jeune me dit : « Madame ne cherchez pas à comprendre, ici, en donnant un bakchich, une personne peut venir sur ses deux pieds retirer son propre acte de décès ! ». Cet humour des Algériens dont les blagues fusent, montre qu’ils ne sont pas dupes et qu’ils sont dotés d’un esprit critique aiguisé.
J’aimerais te raconter ma rencontre avec un autre jeune de Tiaret, chauffeur de taxi. Bien avant la première manifestation. Le vendredi 15 février, au petit matin, il me conduisait à Alger. Notre voyage devait durer 5 heures. Le jeune chauffeur n’a que 27 ans. Il parle le français. J’étais seule avec lui. Une belle occasion pour échanger tout au long du trajet. Il me répétait avec fermeté que la jeunesse ne voulait pas de ce cinquième mandat du président Bouteflika. Il n’était pas le premier jeune que j’entendais exprimer sa détermination de ne plus continuer à courber l’échine. Il m’expliquait que depuis vingt ans, il n’avait connu que ce président et cette vie triste et sans issue pour la jeunesse du pays. Il m’a raconté par le menu son calvaire pour obtenir sa licence de taxi. Et pour résumer l’état d’esprit dans lequel les jeunes se trouvaient, il m’a narré un petit conte, à l’ancienne, comme un adage populaire pour illustrer le propos. Je n’ai pu m’empêcher de l’écrire. Le voici.

Le coq chantant

Il était une fois un coq qui chantait le lever du jour mieux que tous les autres coqs. Un matin son maître le menaça :
– Cesse de chanter sinon je te coupe la tête ! Tu me déranges.
En dépit de sa nature, le coq cessa de chanter. Quelques jours après, le maître revint le trouver :

– Pourquoi marches-tu à l’écart ? Désormais tu marcheras au milieu des poules, sinon je te coupe la tête.
En dépit de sa nature, le coq se soumit une nouvelle fois.
Mais voilà qu’au bout de quelques jours, il vit son maître se diriger vers lui, couteau à la main. “Que me veut-il encore ?” se demanda le coq.
Le maître lui intima cette fois-ci de pondre un œuf !
Et le coq de se lamenter : “J’aurais dû mourir en chantant !”

FIN

Ainsi le 22 février, jour de la première manifestation, j’étais à Alger. Je regardais par la fenêtre d’un balcon qui donne sur une partie du boulevard Colonel Bougara, dans le quartier d’El Biar. Des jeunes fuyaient la fumée des bombes lacrymogènes. De nombreux policiers avec masques et matraques les poursuivaient presque nonchalamment. La police protégeait cet accès qui mène à El Mouradia, le Palais présidentiel. Se mêlait au bruit des explosions de bombes lacrymogènes et aux slogans scandés par les manifestants, celui d’un hélicoptère qui tournoyait et se mobilisait par moments dans le ciel d’Alger. Cet engin diffusait une sorte de menace tel un oiseau de proie. Le son assourdissant de ses rotors m’angoissait. Sans doute réminiscence d’un lointain passé, celui de la guerre d’Algérie.
Mohamed empêché par son état de santé du moment était furieux de ne pas être parmi les manifestants. Puis il me dit tout de go : “Souviens-toi bien de cette date ! Il ne s’agit pas d’une manifestation mais d’une Révolution !” Je me souviendrai de cette date du 22 février 2019 car au milieu de cette excitation j’ai réussi à appeler en France ma petite-fille dont c’était le 4e anniversaire.
La crainte que le choix du vendredi pour manifester pût permettre aux islamistes de récupérer le mouvement a vite disparu car les jeunes avaient commencé la manif bien avant l’heure de la prière. Aucun slogan religieux n’a été prononcé.
Le dimanche 24 février, une autre manifestation a eu lieu, celle initiée par Madame Assoul Zoubida, juriste et démocrate, porte-parole d’un regroupement de personnalités et de partis politiques d’opposition Mouwatana (Citoyenneté). Nous avons appris qu’elle avait été arrêtée et conduite dans un commissariat de police où sa détention a duré 5 heures. La raison invoquée ? Il s’agissait de la protéger !
Le 26 février, ce sont les étudiants qui ont manifesté. Notre neveu nous a envoyé des photos de la Fac de médecine de Sidi Bel Abbes. Mohamed est fier de lui, “Les chiens ne font pas des chats !”. Le 28 février, les avocats de Tizi Ouzou ont été les premiers à manifester avec leurs tenues du barreau. Le symbole de la robe noire est important. Ceux d’Alger et d’ailleurs suivront le 7 mars. Le vendredi 1er mars, le soleil brillait, Mohamed et moi avions décidé de manifester. Pour parer aux méfaits des gaz lacrymogènes, j’ai préparé une bouteille avec un mélange d’eau vinaigrée, des masques médicaux et des serviettes. J’ai sorti notre drapeau algérien. Chaque famille en Algérie possède le drapeau national.
Sur le chemin, partout des policiers, mais également des jeunes en jean qui descendaient, comme nous, vers la place Audin et la Grande Poste. Zoubida Assoul, elle, manifestait sur la place du premier mai. Je parle de Zoubida Assoul car elle est brillante, tolérante, intègre et polyglotte. “Le français est notre butin de guerre !” écrivait Kateb Yacine. Et elle ne porte pas de foulard, ce qui n’est pas pour me déplaire Je reviens à notre trajet en direction de la place Audin en ce 1er mars.
Dans les rues d’Alger, des jeunes en baskets, drapeaux à la main et des hommes en claquettes tapis de prière sur l’épaule se croisaient. Les uns se dirigeaient vers les lieux de manif, les autres vers les mosquées. Ils se retrouveront tous sur les lieux de protestations après l’heure de la prière du vendredi. Aucune hostilité ni d’un côté, ni de l’autre. Bien au contraire, amicales salutations et sourires fraternels s’échangeaient.
Sur le chemin, les sexagénaires que nous sommes, en tennis, avec casquette et drapeau, faisaient sourire les nombreux jeunes qui nous saluaient en signe de ralliement.
Enfin la place Audin ! il n’était que 13 heures et pourtant la place était noire de monde. Des centaines de manifestants encadrés par la police étaient déjà là en train de crier : “Salmiya ! Salmiya ! Pacifique ! Pacifique !”
Un homme distribuait des feuilles A4 blanches avec le mot Salmiya écrit en arabe. Je t’envoie une copie, je garde l’original pour l’encadrer. Mohamed et moi avons pris ce tract que nous avons brandi comme slogan.
Le premier rang de la manifestation était composé de jeunes à genoux, répétant le mot Salmiya, face au rang des policiers qui leur barrait le passage. Beaucoup tenaient une rose. C’était émouvant. Ensuite, une partie des manifestants a bifurqué vers la Grande Poste. Puis soudain, des centaines d’autres jeunes, drapeaux à la main et slogans à la bouche, ont surgi du boulevard qui se trouve derrière la Grande Poste et dont j’ignore le nom. Le nombre de manifestants a soudainement gonflé. Ceux qui étaient allés à la mosquée s’étaient joints aux autres. Une marée humaine venait d’envahir Alger en quelques dizaines de minutes à peine. Par téléphone malgré les réseaux brouillés nous avons appris qu’il en avait été de même dans toutes les villes d’Algérie. L’euphorie gagnait. J’ai retrouvé cette euphorie qui me rappelle le jour de l’indépendance de l’Algérie. Je n’étais alors qu’une fillette.
L’hélicoptère continuait à planer sur la ville.
Notre jeunesse venait de nous donner une belle leçon de courage, de civisme et de détermination. Je sors mon téléphone et je filme. Je fais peu de photos. Je suis prise dans le mouvement. Je remarque qu’il y a beaucoup de femmes et de jeunes filles non voilées. Les gens arrivaient de tous les côtés pour participer à cette contestation nationale. Devant la Grande Poste, j’ai remarqué une fillette sur les épaules de son père. Elle tenait un cadre vide devant sa tête. L’allusion était flagrante : depuis plus d’un an, le président Bouteflika était remplacé par sa photo encadrée à chaque événement officiel. La présentation “du cadre” a fait l’objet de nombreux quolibets et caricatures. Je la filme.
Des youyous jaillissaient des balcons et des portes des immeubles. Une femme voilée devant une porte se laisse filmer en train de pousser des youyous. Puis soudain sur ma gauche, une agitation. Je cesse de filmer. Un groupe de jeunes était en train de virer un homme de la manif en répétant : “Chaâbia ! Populaire !” C’était Moussa Touati d’après les gens tout autour. C’est le chef d’un petit parti réputé pour son allégeance au régime, qui venait exposer sa veste retournée à un public qui n’entendait tolérer aucune récupération politicienne, encore moins celle d’un homme “du système” !
Toutes sortes de slogans fusaient et des chants contre le gouvernement aussi. Celui de la Casa d’el-Mouradia étant le plus célèbre car depuis longtemps chanté dans les stades de football par des milliers de supporters. Un hymne de la Révolte. C’est dans les stades de foot que les jeunes des quartiers populaires se sont exercés et ont commencé le match ultime contre le pouvoir. En réalité c’est là que la révolte est née et c’est là que les slogans ont été depuis longtemps rodés.
Chère Leïla, je te résume ici quelques slogans entendus ce 1er mars 2019.

  • Echaab la yourid Bouteflika oua Saïd ! (Le peuple ne veut ni de Bouteflika, ni de Saïd !) Saïd est le frère cadet du Président.

  • Ouyahia, ya el hmar, Jazair mahich Syria ! (Ô Ouyahia, ô l’âne, l’Algérie n’est pas la Syrie !) Cela parce que le Premier ministre avait dans une allusion mis en garde contre la guerre civile en Syrie. Les jeunes avaient compris qu’il s’agissait là d’une menace et de l’agitation du spectre du terrorisme pour les museler.

  • Khlitou Lbled ya saraqin ! (Vous avez vidé le pays vous les pilleurs !)

  • Jamhouria mahich Malkya ! (C’est une République pas une monarchie !) etc.

C’était remarquable et surprenant d’entendre ces slogans de la colère dans une ambiance festive et fraternelle.
Lorsqu’une bombe lacrymogène était jetée (très peu sur la place Audin), les gens arrosaient les mouchoirs des voisins avec l’eau vinaigrée. Lorsqu’un jeune était tenté d’abîmer quoi que ce soit, il était rappelé à l’ordre. J’ai vu des jeunes tirer par le pied un individu qui grimpait sur le pilier portant la plaque “Place Audin” et le faire descendre manu militari.
Quatre heures après, en retournant vers Bougara, Mohamed et moi avons été surpris par une autre manifestation aussi importante que celle que nous venions de quitter sur le boulevard Krim Belkacem. Mêmes slogans, mais ceux-là semblaient plus “énergiques” dirons-nous dans leur colère. Puis, trois hommes, barbus et en qamis, se sont arrêtés en plein milieu de la foule et de la chaussée pour effectuer leur prière, tête sur le macadam. C’était la prière du Asr, de l’après-midi, je crois car il faisait encore bien jour. Leur intention était sûrement d’entraîner la foule pour ce genre de prières de rue collectives qui caractérisaient l’époque où l’intégrisme se donnait à voir pour impressionner. Époque révolue semble-t-il. La foule des jeunes manifestantes et manifestants (la mixité était partout) passait son chemin sans même un regard pour ces prieurs bien esseulés.
Ce qui m’a frappée dans cette manifestation, est l’ambiance festive, la solidarité et ce sentiment de fraternité entre les “révoltés”. J’ai oublié de te dire qu’il faisait chaud et que des femmes jetaient de leurs balcons des bouteilles d’eau minérale fraîches aux manifestants tout en youyoutant.
Je n’ai pas pu être présente le 8 mars mais Mohamed me dira qu’il y avait infiniment plus de monde, plus de femmes et d’enfants. Je me suis souvenue de ce que le jeune chauffeur de taxi m’avait dit le 15 février : “Le 8 mars, je garderai les enfants et ma femme ira manifester !”
Nos familles à Tiaret, à Oran, à Mostaganem, à Tlemcen, nous raconteront la même ambiance pacifique, comme partout ailleurs en Algérie.
Depuis mon retour je suis les événements via Mohamed et les médias. Je repars en Algérie cette semaine.
Face à ce mouvement que personne ne soupçonnait, sinon les jeunes, ma conviction est que nous assistons à une révolution d’un ordre nouveau. La jeunesse née avec l’ère de l’électronique et des réseaux sociaux ne cessera pas de nous surprendre. Le mouvement algérien est précurseur d’un mouvement mondial. Nous le voyons bien avec les manifestations pour le climat, ceux des gilets jaunes pour un “mieux vivre” et j’en passe. Les “vieux” n’ont qu’à bien se tenir !
Bien à toi et Vive l’Algérie !

Nora »



                  Ce jeune dit « Moi j’ai les mains propres ».                 Des parents manifestaient avec leurs enfants.



                 La mixité est importante durant la manif.  Mohamed et moi avec le slogan Salmiya distribué par les jeunes.



photos de Nora Aceval

Le symbole de la Place Audin à Alger est plus fort que tous les discours. Maurice Audin a résisté, il a lutté pour l’indépendance de l’Algérie, comme cette jeune génération lutte aujourd’hui pour sa libération, la libération de son pays, l’Algérie, qu’elle n’abandonnera pas.
Cette génération crie en arabe et en français DÉGAGE ! (le mot-clé des révoltes arabes de 2011) à tous les accapareurs et manipulateurs du SYSTÈME.
Josette Audin a été mon professeur de mathématiques au lycée de Kouba à Alger. Elle a obtenu la reconnaissance comme « crime d’État » de la mort de Maurice Audin, son jeune mari, grâce à Cédric Villani, Médaille Fields 2010, mathématicien, comme Maurice Audin et, comme lui, fils de Pieds-noirs. Les Comités Audin, fondés par Pierre Vidal-Naquet en 1958 avec Jean-Claude et Michelle Perrot, Jacques et Mona Ozouf, engagés pour l’indépendance algérienne, n’avaient pas réussi à obtenir ce que Cédric Villani a enfin pu obtenir en 2018.
Josette Audin meurt quelques mois après cette reconnaissance de crime d’État et avant le Réveil et la Renaissance de son pays natal, l’Algérie. Je lui aurais téléphoné à Bobigny, comme à mon père pour me réjouir avec elle de ces beaux jours algériens. J’étais allée la voir en 1999 pour parler avec elle de la guerre de Libération. L’entretien a été publié dans la revue de Marie Virolle : Algérie/Littérature/Action. Au bord de la bibliothèque de Josette Audin, une photo de Maurice Audin, il est jeune, il est beau. On peut le voir dans mon livre : Mes Algéries en France, texte et images, préface de Michelle Perrot (2004, éd. Bleu autour).
Je raconterai cette belle histoire algérienne du printemps 2019, même si elle finit mal, à Lucien Igor Suleïman, qui m’écrit (il a 13 ans) :
« Je n’ai pas besoin de voyager pour dire que je viens de loin. »



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