Leïla Sebbar romancière et nouvelliste

          Journal d'une femme à sa fenêtre  

SUITE 67

 (Septembre 2019)


Lauzerte, l’école, 7-8 septembre 2019 (coll. part.).
Lauzerte, sur la place, festival Place aux nouvelles organisé par Hervé Couton. Des lectures, des débats, un prix. Un beau festival. Nécessaire. Une cité médiévale à la végétation méditerranéenne.
Domme en Dordogne. François Augiéras, l’écrivain des grottes du Périgord et du désert en Algérie. La vallée de la Dordogne.
Paris. La tombe de Beauvoir-Sartre.

7-8 septembre
À Lauzerte près de Montauban un festival, Place aux nouvelles, où je suis allée l’année dernière, Nedim Gürsel, un écrivain franco-turc que je rencontre souvent à L’Alouette, un café de mon quartier, était « l’invité d’honneur ». Une belle « cité médiévale ». J’étais invitée pour Dans la chambre, nouvelles (préface de Michelle Perrot, éd. Bleu autour, 2019). Michelle Perrot est historienne, pionnière d’une magnifique Histoire des chambres (éd. Seuil, 2009) et de plusieurs volumes d’une histoire des femmes avec Georges Duby. Elle a mené un travail de recherches sur l’histoire ouvrière et l’histoire des prisons. Ses travaux sont publiés, pour la plupart, aux éditions du Seuil. Le festival est organisé par Hervé Couton avec le concours de la libraire de « La femme renard » à Montauban, Nadège Loublier. Un festival unique, convivial, audacieux, parfaitement organisé sur la vaste place bordée d’arcades. À la table des livres, j’ai rencontré une romancière née au Rwanda, métisse, je pense, Beata Umubyeyi Mairesse. Elle a dû fuir le Rwanda à l’âge de 15 ans. Elle vit à Bordeaux. Elle est féministe. J’aurais aimé parler avec elle plus longtemps. Si elle vient à Paris, pour le Salon du livre ? J’aurais dû déjeuner avec elle, mais par timidité ou discrétion, je ne sais, je ne l’ai pas fait. Elle était accompagnée de deux écrivains qui l’encadraient… Elle m’a paru inaccessible. Je lirai son dernier livre. Pour aller à l’Hôtel du Quercy, des escaliers jusqu’au « Faubourg », bordés de figuiers, de grenadiers aux jeunes fruits rouges et ronds. Des lectures de nouvelles à la médiathèque. Une « École Publique de Filles » que j’ai photographiée, comme je le fais chaque fois dans les villages de France où les écoles de la Troisième République étaient séparées en GARÇONS/FILLES. Il en existe aussi à Paris. Parfois les inscriptions ont été effacées. Je demande souvent à mes amis algériens de photographier pour ma collection des écoles anciennes avec les mêmes inscriptions. Peut-être n’existent-elles plus ? Je n’ai reçu aucune photographie.
Sous la corniche de l’Hôtel de ville, des nids d’hirondelles comme à Hennaya près de Tlemcen, dans l’école de mon père, sous le hall d’entrée passée la porte de la grande arche de l’ÉCOLE DE GARÇONS INDIGÈNES. Après 1962, le mot INDIGÈNES a disparu. J’ai entendu, à Lauzerte, les cris des hirondelles, j’ai cru rêver… c’était des hirondelles, dans le ciel bleu.
Sur les côtés du petit chemin vers le « Faubourg », des oliviers et des cyprès embrassés, comme les figuiers et les grenadiers.
J’étais en Algérie, dans l’enfance coloniale méditerranéenne.
Dans l’église Saint-Barthélemy du xiiie siècle, des panneaux monochromes, paysages en vert et bleu de Joseph Ingres (1754-1814), le frère de Dominique Ingres, le peintre du fameux Bain turc. Son musée à Montauban est fermé pour travaux. J’y serais allée.




  Lauzerte « Cité médiévale » sur la place, 7-8 septembre 2019 (coll. part.).
  Lauzerte, le « Faubourg », 7-8 septembre 2019 (coll. part.).
      Lauzerte « L’école publique de filles », 7-8 septembre 2019 (coll. part.).
            

9-10 septembre
À Domme avec D. dans le Sarladais, en Dordogne, le pays de ma mère.
Je suis revenue à Domme avec D. pour l’écrivain François Augiéras, que j’ai découvert grâce au journal Le Gay-Pied, dans les années 1980. Il a vécu dans les grottes à Domme, en solitaire excentrique, sous la protection d’un instituteur, Paul Placet qui était présent à Livre en fête « le Salon du grand Périgueux » à Champcevinel les 16 et 17 juin 2018 où j’étais invitée pour L’Orient est rouge, des nouvelles publiées chez Elyzad, à Tunis en 2017. Je pense que c’est Paul Placet qui a fondé le prix AUGIÉRAS, attribué à Champcevinel près de Périgueux. C’est lui aussi qui a veillé à la publication des livres de son ami et lui encore qui a érigé une stèle sur la tombe de François Augiéras dans le cimetière de Domme, où je suis allée avec D., une tombe simple et émouvante. D. a pris des photos.


Tombe de François Augiéras à Domme, 9 septembre 2019 (coll. part.).

Pour la revue de Jean Guiloineau à laquelle je collabore depuis plusieurs années, Siècle 21, j’ai écrit un texte sur Augiéras : François Augiéras, un Barbare entre Périgord et Algérie. Il sera publié dans le prochain numéro.
Domme surplombe la vallée de la Dordogne. C’est très beau. Un peintre turc qui avait lui aussi adopté le Périgord, Férit Iscan, m’a offert une aquarelle de la vallée de la Dordogne. Elle est là, dans ma chambre.
Dans la librairie de Domme, le libraire est enfoui sous les livres. On le voit à peine. Je lui demande s’il a des livres de F. Augiéras. « J’en ai plus. Les habitants, ici, ça les intéresse pas, il est pas bien vu. Une cliente m’a promis une édition originale, mais c’est trop cher, elle en veut 80 euros. » « Alors personne ne l’aime à Domme où il a vécu, où il est enterré ? » « C’est comme ça, personne ne l’aime… Je crois que personne l’a lu, voilà. »




              Domme. La vallée de la Dordogne, 9 septembre 2019 (coll. part.).
                       La librairie de Domme, 9 septembre 2019 (coll. part.).


Paris. 28 septembre 2019

Je passe près du cimetière Montparnasse. La tombe de Beauvoir et Sartre à droite. Sur la pierre, des tickets de métro, des pièces de 10 centimes, pour faciliter le passage vers l’au-delà ? Un tube de rouge à lèvres violet. Symbole du baiser ?
Entre les tombes, un billet avec des idéogrammes, signé, daté, 2019.



                 Près de la tombe de Beauvoir-Sartre dans la terre entre deux tombes.



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